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Dernière mise à jour : 31 oct. 2023

Le défi consistait à écrire un mini-récit (micronouvelle) de 300 à 375 mots en respectant le thème « spooky » (ambiance inquiétante/effrayante). Selon nous, l’originalité se trouve davantage dans le ton et la plume que dans l’intrigue. Voici les deux textes sélectionnés. Bonne lecture!

Fracas

Par Isabelle D’Amours


Des grincements de pattes de chaises rebondissent sur les murs de la classe. Les élèves gigotent sur leur siège. Contrairement à leur habitude, ils ne consultent pas leur téléphone. Tous ces regards dirigés vers moi m’agacent et les mots qui sortent de ma bouche s’agglutinent dans mon cerveau gélifié.


Ariane, déguisée en sorcière, lève la main. Ses yeux sont rouges et inquiétants. Un silence sirupeux envahit l’espace, dégouline le long des murs jaunis. Elle me demande si je vais leur donner des bonbons. Mes neurones pétillent, j’ai l’impression que mon cerveau se déchire. « Ariane, ce n’est pas le moment. Et au cégep, non, je ne donne pas de bonbon. » Du fond de la dernière rangée, un petit rire sadique résonne. J’étouffe. Aucune fenêtre dans ce vieux local! Une fissure descend le long de ma colonne vertébrale. Les élèves ne bougent plus, ils sont pétrifiés. Je retiens ma respiration. La crevasse s’ouvre jusqu’à mes talons. Un froid m’envahit, je sens chacun de mes os.


« Bon, on reprend la matière? » Déception généralisée. Certains se couchent sur leur bureau, d’autres se mettent à jouer sur leur téléphone. Pendant un instant, une ambiance familière revient dans la classe.


Je me déplace derrière mon bureau chambranlant. « Alors, qui peut me dire… » Les mots figent sur le bord de mes lèvres. Les yeux rouges d’Ariane me fixent, son sourire forcé déforme l’araignée dessinée sur sa joue. La ventilation puissante fait valser les feuilles de mon cartable ouvert. Je relève le visage vers les néons qui clignotent.


La sorcière est maintenant debout, devant moi. Je retiens ma respiration. Elle incline la tête et murmure dans un souffle chaud : « j’aimerais vraiment des bonbons. » Un craquement me fait sursauter. Je recule d’un pas. Un courant d’air sile dans mes oreilles et une odeur de soufre s’engouffre dans mes narines.


Les lumières s’éteignent. Je fige. Une main frôle mon bras. Dans un grand fracas, je sens mon corps se fendre en deux.

Langueur d’automne

Par Isabelle Joyal


Samedi soir. La fraîcheur brumeuse d’octobre te pèse, me pèse. Tu es étendue à mes pieds, contrainte, immobile. Ta peau lustrée et ton odeur, puissante, m’enivre déjà. Je t’observe sous la lueur sournoise d’une lune en transe. Regard fixe, silencieuse, je devine tes appréhensions fébriles, je sens ton indignation, mais je me languis de te découvrir et de te conquérir.


Tes proches viennent de quitter en laissant une fleur à tes pieds et des traces de bottes dans la terre humide.


Tu devras accepter mon rythme qui ne sera pas le tien, qui le deviendra… jusqu’à me sentir tout près de toi et je savoure la langueur de cette danse à inventer.


Je forcerai ta rédemption s’il le faut. Et de tes redditions je me réjouirai. Et de tes essences, je me nourrirai.


Mais le vent se lève, mordant. Je lui envie sa fougue et sa folie. Et je m’emporte en tourbillons, mirages en bataillons. Une vie à t’attendre pour une valse avec toi, au crescendo macabre de mes désirs inavoués, au ressac de mes assauts, en vagues ininterrompues, 1-2-3, 1-2-3, et je t’emporte, 1-2-3, 1-2-3, et tu te libères.


S’étiolent les doutes et s’estompent les regrets. 1-2-3, 1-2-3, et nos corps à l’unisson, 1-2-3, 1-2-3, et nos soupirs en suspension.


Mais ton silence.


La nuit nous transporte et je tressaille. Je suis désormais insensible à l’humidité qui me ronge. Peu m’importent les automnes puisque nous émergeons. Mon regard qui ne se détache plus de toi et mes élans effrénés pour t’atteindre. Je me ferai l’écho du chant de tes aimés pour t’entendre, je creuserai la Manche d’un doigt pour t’effleurer, j’avalerai le désert pour te goûter.


Mais ton silence.


Patiemment, t’apprivoiser.

Lentement, t’apaiser.


Mais ton silence.


Ma prose en siècle pour toi.


Mais ton silence.


J’imagine ta rage de vivre, je devine tes nuits esquives, espiègles. J’entrevois tes devenirs.


Et ma résignation.


Un nous avorté à ton éloge, en ton hommage. Et je veillerai sur toi. Ta dépouille espérée, aimée, cajolée.


Feuilles en rempart, je t’ombragerai. Et je t’abreuverai de mes racines.


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